Sunday, February 18, 2018

LES GUERRES RWANDAISES CONTRE LA RDC: INTERROGEONS L'HISTOIRE

Article de Mme Mulegwa Kinja
La guerre que le Rwanda conduit en République démocratique du Congo interpelle vivement tous les patriotes congolais de faire montre d'un esprit de clarté, de fermeté, de vigilance et de détermination dans les actions de résistance contre les envahisseurs. Nous ne devons pas nous tromper d'adversaires ni d'objectifs visés.
La confusion et la propagande des dirigeants rwandais et leurs relais médiatiques sur les motivations de cette guerre doivent être dénoncées et déjouées par tous les moyens en rétablissant la vérité et le droit.
C'est dans cette double motivation que j'évoque l'expérience vécue par le Bushi et le peuple Shi qui ont été confrontés, dans un passé lointain (avant la colonisation européenne), à des conflits armés avec les Banyanrwanda. Cette expérience historique peut éclairer nos lanternes sur l'expédition actuelle et ses buts inavoués.
Cette étude, intitulée "NOTES SUR LES CONFLITS ARMES ENTRE LES BANYRWANDA ET LE BUSHI PENDANT LA PERIODE PRECOLONIALE"*, effectuée en 1985 par deux chercheurs congolais, analyse et compare des données historiques, à travers divers écrits anciens, pour mettre en lumière les constatations suivantes:
- L'intention guerrière des Banyarwanda ne date pas d'aujourd'hui, elle est ancienne et fait partie de l'histoire du Rwanda.
- La volonté et l'obsession maladive d'annexer le Bushi sont permanentes.
- L'instinct des Tutsi de dominer les voisins, tant à l'intérieur de leur pays qu'à l'extérieur, est dans leur sang.
- Le peuple Shi, vaillant et discipliné, à travers diverses expéditions et campagnes dans un passé lointain, a réussi à tenir en respect l'envahisseur Tutsi.
- Contrairement aux fausses affirmations répandues ici et là sur les relations et les liens entre les Bashi et les Tutsi, le territoire des Bashi (Kabare, Walungu, Kalehe, Idjwi-Buhavu...), une grande partie de la province du Sud-Kivu avec Bukavu pour chef-lieu, n'a jamais fait partie du Rwanda.
- Le peuple Shi et les peuples apparentés sont différents des Banyarwanda.
Ce travail publié en 1985, les ouvrages et auteurs (dont le Rwandais Abbé Alexis KAGAME) auxquels il se réfère, constituent un vivier de témoignages et d'arguments objectifs basés sur l'histoire et peuvent aider beaucoup les Congolais, et surtout les étrangers, à se faire leur propre opinion sur la motivation profonde et les visées réelles des Banyrwanda dans cette guerre contre la République démocratique du Congo et les autres ethnies des provinces du Nord et Sud-Kivu.
La récidive des petits-fils des Banyarwanda d'avant la colonisation européenne - dans l'ambition démesurée d'occuper par la force et la ruse une partie du territoire congolais, en l'occurrence le Kivu, doit être condamnée par tous car contraire à la vérité et au droit international.
Les populations du Kivu ont assez souffert des conséquences de drames exportés à répétition par les pouvoirs successifs du Rwanda et du Burundi, par une présence massive et prolongée des réfugiés Tutsi et Hutu.
Cette étude pour la compréhension de la crise congolaise actuelle sous l'angle historique mérite d'être notée et largement diffusée pour servir d'éclairage et de témoignage.
C'est ma modeste contribution, en tant que femme Mushi, fière de mon identité, de mes origines, et révoltée par tous les mensonges et contre-vérités qu'on entend ici et là sur cette aventure guerrière rwandaise en terre congolaise.
Madame MULEGWA Kinja
* par Mugaruka bin Mubibi, Assistant au CERDAC, Université de L'shi et Rubwindi Obwinja Bube, Bibliothécaire de IIe Classe, ISP/Bukavu
Tiré de Cahiers du CERP, No 2, 1985
ISDR/BUKAVU/ZAÏRE

NOTES SUR LES CONFLITS ARMES ENTRE LE RWANDA ET LE BUSHI
PENDANT LA PERIODE PRECOLONIALE
par
1. Mugaruka bin Mubibi, Assistant au CERDAC, Université de L'shi
2. Rubwindi Obwinja Bube, Bibliothécaire de IIe Classe, ISP/Bukavu

INTRODUCTION
Les récits sur les guerres qui ont opposé le Rwanda au Bushi (son rival de l'Ouest du Lac Kivu en territoire zaïrois) nous ont été présentés pour la première fois par notre Oncle BASAKA CHUMUGABO (mort à Mbiza-Kabare en 1972 à l'âge de ±80 ans). Ces récits étaient destinés seulement à prouver la force de l'armée shi dont notre conteur vantait les mérites au cours des ans, notamment les victoires sur RWABUGIRI KIGELI IV du Rwanda et sur les Bahavu que le prince shi BIGOMOKERO, fils de NABUSHI MAKOMBE, avait repoussés au-delà de la Nyabarongo (1).
Alors que nous débutions nos études universitaires à la Faculté des Lettres (Lubumbashi), notre souci de connaître davantage cette région s'accrût grâce à l'analyse faite par l'Abbé KAGAME Alexis sur les expéditions rwandaises au Bushi, laquelle nous permit d'être en présence de deux versions différentes de ces conflits armés qui ont, de longue date, opposé ces deux formations (2).
L'Abbé KAGAME a été le premier à écrire sur ces conflits armés mais il n'a présenté que la version rwandaise du problème. La version shi n'a jamais été donnée sauf quelques références à la question qu'on retrouve dans les oeuvres du R.P. COLLE et Paul MASSON (3).

David S. NEWBURY a, en 1974 et 1975, présenté deux travaux sur les campagnes de RWABUGIRI (4). Dans le premier travail, NEWBURY, dont le terrain de recherches reste l'île IDJWI, donne seulement une chronologie des événements et la bibliographie sur les campagnes de RWABUGIRI KIGELI IV en insistant plus sur le BUHAVU (pays des Bahavu). Son deuxième article complète le premier et apporte des détails sur sa vision des attaques rwandaises à Idjwi.
Notre souci, dans ce travail, est d'apporter des correctifs et une lumière à la description des expéditions rwandaises au Bushi (pays des Bashi), telles qu'elles sont présentées par l'Abbé KAGAME dans ses oeuvres (5).
Nous nous limiterons aux seules expéditions organisées contre le Bushi (pays des Bashi) que nous présenterons d'abord avant de donner des correctifs aux analyses de KAGAME d'après la version shi de la question.

PRESENTATION DES EXPEDITIONS
1. La première expédition
Les traditions orales shi retiennent que la première expédition armée du Rwanda contre le Bushi date du règne de Mwami NSORO Ier SAMUKONDO, 7e Roi de la dynastie présentée par l'Abbé KAGAME. Nsoro Ier aurait régné vers 1388 après J.-C. Il aurait organisé une expédition contre le Bushi entre 1388 et 1390, quand le Mwami NNABUSHI KAMOME régnait sur le Bushi (6). La version shi de cette première expédition est présentée par Paul MASSON qui donne des détails des traditions orales shi sur l'enlèvement de la Princesse shi NYIBUNGA, fille du Mwami KAMOME du Bushi, par les guerriers du Roi NSORO.
"... vint une invasion des nobles tutsi du Chef NSORO qui franchirent la RUZIZI et razzièrent le Bushi jusqu'à Cirunga.
KAMOME et ses guerriers eurent la bonne fortune de repousser rapidement les envahisseurs. Ils achevèrent tous ceux qui s'étaient installés à leur suite, même ceux qui, cachés dans les forêts, n'en ressortirent que quelques mois plus tard tenaillés par la faim. A la faveur d'un coup de main, NSORO emmena parmi ses prises la propre fille de KAMOME, la belle NYIBUNGA aux seins ronds et au ventre joliment tatoué..."
Cette version shi de la première expédition armée du Rwanda au Bushi n'a pas été retenue par la tradition rwandaise présentée par l'Abbé KAGAME. Les causes de l'enlèvement de NYIBUNGA sont à chercher dans le souci des rois du Rwanda d'étendre leur domination sur tous les peuples voisins. KAGAME retient que ces rois voulaient à tout prix agrandir leur territoire par la soumission des royaumes voisins (7).
Concernant cet enlèvement, les traditions orales shi ne rapportent pas les réactions qui en découlèrent. Cependant, nous savons que, suite à son comportement indigne à la cour du Rwanda, NYIBUNGA a été renvoyée au Bushi. Voici ce que nous dit P. MASSON à ce sujet:
"... or donc, les aristocrates rwandais, un jour, offusqués par une attitude peu respectueuse de l'esclave NYIBUNGA, fille captive du Mwami du Bushi, décidèrent de la mettre à mort.
Mpanga-wa-Lusango les détourna de leur projet en faisant justement remarquer les conséquences qu'il pourrait avoir...
NYIBUNGA, dépouillée, fut renvoyée à Chirunga, chez Kamome, son père.
Elle y fréquenta la hutte de son frère Chifundangombe et en conçut.
Lorsque son père la vit boire le lukombe ou boisson rituelle des femmes enceintes, il se mit en colère et la répudia. Elle s'enfuit au-delà de Murhundu, chez le Chef LUKARA, fils de Mbeba-eri-Maza, ce qui signifie testicule de rat, à Igobegobe. Ce dernier, bien que possesseur de nombreuses femmes, n'avait pas d'enfants.
Il les renvoyait parce qu'elles ne lui donnaient pas d'héritier et voyait devenir le dernier chef des Bahande. Il profita de l'aubaine et reçut NYIBUNGA qui enfanta chez lui. Le garçon reçut le nom de NSIBULA - orphelin de père - et succéda à son père adoptif et donna son nom à la dynastie BASIBULA (8). C'est ainsi qu'au Bahavu, la dynastie Basibula succède à celle des Bahande.
Nsibula ya Nyibunga serait, selon les traditions orales rwandaises, un Chef du Bunyabungo qui aurait organisé une expédition contre le Rwanda vers 1460. Cette hypothèse peut se vérifier si nous nous joignons à la généalogie des Bami du Buhavu, qui retient pour les dynasties Bahande et Basibula les Bami suivants:
BAHANDE BASIBULA
- Muhande - Nsibula ya Nyibunga
- Mbera eri Maza - Nsibula ya Niebutatire
- Bihako - Bamanyirwe
- Lukara - Kimirogosa
- Ntale
- Nsibula Kihunga
- Ndale II Bashumbire
- Lushombo
- Bahole Sangara
- Kamirogosa André
- Ntale Kamirogosa
Ce conflit dans lequel Nsibula ya Nyibunga se trouve impliqué est Havu. Cependant, si nous le mentionnons ici, c'est simplement parce que la tradition orale rwandaise retient que c'est un mwami du Bunyabungo qui l'avait organisé. Ensuite, puisqu'il a été à la base de l'expédition organisée par le fils et successeur de NDAHIRO II, RUGANZU II contre le Bushi.
Une remarque est à faire sortir sur la conception rwandaise de l'espace shi. En effet, les Banyarwanda (habitants du Rwanda) pour les Shi appellent les Bashi "Banyabungo" et leur pays ""Bunyabungo". Ils confondent ainsi toutes les populations habitant l'ouest du Lac Kivu qu'ils groupent dans un ensemble territorial. Pour eux, l'UBUNYABUNGO comprend le Bushi, le Buhavu et le Buhunde.
Il est à noter qu'à cette époque le Rwanda n'est pas encore unifié dans ses dimensions actuelles.
2. La deuxième expédition (C. 1604-1610)
Le règne du Roi MUTARA Ier SEMUGESHI était très pacifique. Cela se justifie même par le choix qui a été porté au nom du monarque, dicté par le souci d'abandonner le nom de RUGANZU qui signifiait pour les Rwandais "Trouble, guerre, etc.". Il fallait pour le nouveau Roi, afin de ne pas perpétuer les guerres qui ont jalonné les règnes de ses prédécesseurs, abandonner les appellations dynastiques usuelles et choisir celle de MUTARA qui incarnait alors la paix et la tranquillité (11).
Son successeur au trône, KIGELI II NYAMUHESHERA, prenant une attitude contraire, voulut à tout prix venger les défaites qui avaient été infligées à ses grands-parents par les BANYABUNGO, surtout l'assassinat de NDAHIRO II et de RUGANZU II, sans oublier l'emblème du pouvoir royal rwandais (le tambour) emporté par les hommes de Nsibula.
KIGELI II organisa son armée appelée "IZIRUGURU", c'est-à-dire les palatins, force de frappe de la garde royale, afin d'attaquer le Bushi. Mais l'armée fut encerclée et entièrement anéantie par les KABERA de Nabushi (12).
Quelques rescapés, sous la conduite de leur Chef, rentrèrent honteux dans leur pays en passant par le KINYAGA. La tradition rwandaise retient que 4 règnes se seraient passés après l'aventure du 16e Roi KIGELI II NYAMUHESHERA sans que les Bami puissent songer à attaquer encore le Bushi où chaque fois ils étaient battus. Il fallait pour les monarques du Rwanda chercher à soumettre les pays situés au Nord de leur territoire, qui avaient des souverains qui tremblaient seulement à l'annonce de l'arrivée de l'armée du Rwanda (13).
3. La troisième expédition (C. 1766-1770)
Si on s'en tient au récit de l'Abbé KAGAME, c'est MIBAMBWE III SENTABYO, 21e Roi dynastie du Rwanda, qui aurait repris alors la politique de conquête en commençant par l'invasion du BUGESERA. MIBAMBWE III a accédé au trône du Rwanda en 1741. Cette datation a été vérifiée car le monarque a été intronisé au cours d'une éclipse solaire. Une autre éclipse a été observée à la fin de son règne. Le premier s'est déroulé le 13 mars 1741, alors que le second a été observé le 3 avril 1763 (14).
La politique de conquête de MIBAMBWE III a été suivie par son fils et successeur YUHI IV GAHINDIRO, dont le règne se situerait entre 1785 et 1789, si on prend toujours la moyenne de ±24 ans par règne proposée par KAGAME, VANSINA et P. DELMAS.
YUHI IV organisera une expédition contre le Bushi quelques années seulement après son accession au trône du Rwanda. KAGAME retient que l'armée rwandaise avait subi un échec retentissant et le Commandant en chef de l'expédition, le nommé KIMANA, fils de KABAJYONJYA, fut tué.
Cependant, YUHI IV réussira au nord du Bushi à tuer le Roi du BUHUNDE qui deviendra un Etat tributaire du Rwanda (15).
Cette expédition se serait passée au cours du règne de NABUSHI BIRHENJIRA, car la tradition orale shi retient que les guerriers venant du Rwanda avaient razzié le Bushi sous son règne et que quelques temps après un calme était observé dans les relations entre le Bushi et le Rwanda dont le Roi BUHONGERA avait hébergé le fils du Mwami Birhenjira, MAKOMBE, qui fuyait les menaces de sa marâtre, Mwa MURHWA, décidée à tout prix à assurer l'héritage certain de son fils BUJOKA au détriment du prince "NKEBE" retenu par la coutume (16).
La tradition rwandaise vient confirmer notre hypothèse quand elle retient le nom de MUTARA II RWOGERA comme 23e Roi du Rwanda et successeur de YUHI IV GAHINDIRO. MUTARA II aurait accédé au trône vers 1790, en remplacement de son père YUHI qui est mort vers 1789 si l'on respecte la chronologie établie par l'Abbé KAGAME et P. DELMAS (17).
Le Roi RUHONGERA des traditions orales shi serait donc le Roi MUTARA II RWOGERA. C'est le nom RWOGERA qui a été déformé par les Shi pour devenir RUHONGERA. Le Mwami NABUSHI BIRHENJIRA aurait donc régné entre 1760 et 1799si on s'en tient au récit qui renseigne que MAKOMBE se serait réfugié au Rwanda durant les dernières années du règne de son père qui allait déjà succomber à la vieillesse. NABUSHI MAKOMBE a donc été intronisé seulement après 1800 puisqu'il fallait attendre la décision des BAJINJI et l'exil de Mwa MURHWA, ainsi que de ses fidèles loin de la cour royale (18).
4. Les expéditions de RWABUGIRI KIGELI IV au Bushi
Nous avons souligné que le règne de MUTARA II RWOGERA a connu un calme et un développement des relations pacifiques (notamment dans le domaine politique) entre le Bushi et le Rwanda. La paix acquise à cette période fut respectée durant tout le règne de NABUSHI MAKOMBE (C. 1809-1859) qui avait tout intérêt à mieux vivre avec son hôte (19).
Nous pensons que l'initiative de cette paix avait été prise par NABUSHI MAKOMBE. En effet, à cette époque, il perdait une partie de son territoire au sud au profit de Ngweshe. Ainsi il se tourna vers le nord où, avec l'aide de son fils BIGOMOKERO, il se mit à repousser les Bahavu qui, eux aussi, se tournaient contre les Bahunde (20).
Les dissensions intérieures qui minaient la vie politique de Bashi nous semblent être la cause principale qui a fait que ce peuple n'avait pas pris l'initiative de la guerre contre le Rwanda. Néanmoins, il se laisse attaquer et se défend héroïquement parce que la solidarité naissait quand il s'agissait de repousser les voisins belliqueux qui convoitaient leurs champs et leurs pâturages (21).
Le successeur et fils de MAKOMBE, NABUSHI Byaterana, qui a régné pendant 30 saisons sèches, soit environ entre c. 1859 et c. 1889, ne connaîtra pas cette paix car déjà le successeur de MUTARA II RWOGERA, le Roi KIGELI IV Rwabugiri, préparait des expéditions contre tous ses voisins dont les causes principales étaient:
1. La conquête des terres et la soumission des chefs rivaux du Rwanda à son pouvoir.
2. La vengeance des défaites subies par ses ancêtres et la recherche de l'emblème royal jadis emporté par les Banyabungo. Pour Rwabugiri, cela était une honte pour le peuple rwandais qu'il fallait laver par tous les moyens (22).
L'Abbé KAGAME ajoute que l'objectif rwandais consistait en une conquête des terres et en une installation, partout où passerait l'armée de Rwabugiri, des Banyarwanda qui devaient, petit à petit, soumettre et dominer les populations rencontrées.
"... le Bunyabungo devrait être conquis petit à petit par les pisés d'habitations. La masse rwandaise devrait venir s'installer sur telle colline, ensuite sur la suivante et ainsi de suite, de sorte que finalement le pays soit submergé et vaincu..." (23)
Ainsi défini, l'objectif principal de Rwabugiri était d'abord la conquête du Bushi qu'il considérait comme étant le grand rival qui pouvait, une fois conquis, permettre la soumission de tous les Etats de l'Ouest du Lac Kivu. On comprend alors les raisons qui auraient poussé le monarque rwandais à multiplier des expéditions contre le Bushi.
RUTAGANDA, successeur et fils de NABUSHI Byaterana, connaîtra aussi les expéditions de Rwabugiri, mais son règne a été surtout perturbé par la pénétration européenne et l'installation des premiers Blancs au Bushi. Jusqu'à la fin de sa vie, RUTAGANDA se montrera hostile à la conquête de ses terres par des étrangers et sa résistance ne prendra fin qu'avec sa mort subite en 1919 provoquée par la grippe espagnole "CIHUSI", même si déjà en 1916 il avait fait acte de soumission à l'administration coloniale (24).
Les expéditions de Rwabugiri débutent en 1873. Cette date a été vérifiée car une année après, une comète se fit voir. C'était la comète de COGGIA, de 1874, dont la première phase avait une tête, la deuxième deux têtes et la troisième trois têtes. La première expédition contre le BUTEMBO serait en fait une contre-attaque. Le Chef MUVUNYI du BUHUNDE avait razzié un troupeau de vaches qui était en transhumance dans le KAMARONSI en territoire rwandais. En guise de revanche, Rwabugiri entreprit d'attaquer la région que KAGAME appelle "Butembo" (25).
Les armées rwandaises: INGANGURA-RUGO, INSHONZI-MIHIGO et les IBISHUMIZI attaquèrent les BUHUNDE et traversèrent la Nyabarongo jusqu'au Butembo (26).
Il y a lieu de faire remarquer une confusion dans la dénomination des lieux du territoire zaïrois par la tradition rwandaise. En effet, en traversant la Nyabarongo, on entre directement au Bushi et pas au Butembo car cette rivière constitue la limite nord de la région shi de Katana (IRHAMBI) avec le BUHAVU (Kelehe). La thèse rwandaise peut être vérifiée si dans l'avenir des récits prouvaient l'existence d'une présence des Batembo vers la Nyabarongo qu'ils ignorent d'ailleurs. Rwabugiri n'a pas attaqué directement le Bushi après l'invasion du Buhunde. L'Abbé KAGAME retient qu'après avoir anéanti toutes les résistances Hunde, Rwabugiri était rentré au Rwanda où il devait protéger son butin de guerre dans sa nouvelle résidence de RUHEGERA (27).
1 La première expédition vers le Bushi en 1879 ou l'expédition du KU-BUNTUBUZINDU (capitale du Bushi où résidait Byaterana)
NABUSHI-Byaterana régnait sur le Bushi. Son frère BIGOMOKERO contrôlait la région d'Irhambi jusqu'à la Nyabarongo. Le calme régnait partout sauf à IBINJA où Rwabugiri venait de débarquer avec toute son armée composée des INGANGURA-RUGO (= assaillants d'avant-garde) et des INSHONZIMIHIGO (= les provocateurs de hauts faits). C'est là où il organisa ses hommes et où il arrêta le plan d'attaque du Bushi.
Le haut commandement de l'expédition fut confié à NDIBYALIYE, fils de MBAGALIYE, et l'attaque devait se faire en deux directions. La première colonne, dirigée par RUDAKEMWA, devait attaquer par le Nord, alors que la seconde, commandée par RWANYONGA, fils de MUGAGWAMBERE, devait occuper le sud du Bushi en passant par le site de l'actuelle ville de Bukavu (28).
La colonne sud s'était organisée à KUMUHALI, près de Kamembe au bord du Lac Kivu, région rwandaise voisine du Bushi qui devait permettre une rapide traversée de la Ruzizi. La guerre éclata non loin de l'actuelle ville de BUKAVU où l'armée rwandaise se trouvait en face des guerriers shi conduits par MUTARUSHWA, fils de NAMINANI, commandant les "MAHEMBE" (les cornes) et BIHOGO, commandant les "BIRUSHA" (les surpasseurs) (29).
Le commandant rwandais RWANYONGA triomphera des Shi qui reculeront les uns vers la forêt de bambous, les autres vers le marais de Lushanja. Les Banyarwanda vont installer leur quartier général dans le Bushi central à KU-MBIZA (l'actuelle localité de MBIZA à KABARE). C'est de là que partiront toutes les attaques contre les fuyards Shi vers la forêt de la Lushanja. Dans une clairière aménagée, les Banyarwanda perdront grand nombre de leurs soldats (dont RWANYONGA) dans une embuscade que les Bashi leur avaient tendue (30).
La colonne nord, qui avait débarqué au Bushi à partir de l'île IBINDJA à son passage par la région de BIRAVA, fut exterminée par les "NVUZA-RUBANGO" de NABUSHI Byaterana qui étaient partis secourir le Prince shi RUTEBUKA avant de descendre anéantir le reste des résistants Banyarwanda de la colonne sud à Mbiza, Bugobe et vers Nyarukemba (31).
La riposte rwandaise fut vaine, car les Shi tenaient à venger la mort du Prince RUTEBUKA tué par les guerriers rwandais de la première colonne (Nord). KAGAME retient qu'un seul survivant rwandais a pu atteindre Rwabugiri qui attendait ses hommes vers le lac. Celui-ci, voyant qu'il était incapable d'arrêter l'avance des Shi par les sons de tambours, traversa le Lac Kivu et s'en alla organiser chez lui, au Rwanda, une année de deuil en mémoire de ses soldats tués au Bushi (32).
Une remarque est à tirer des récits ayant trait à cette expédition de 1879:
1.- Du côté shi, les traditions retiennent de belles descriptions de cette guerre et décrivent aisément la victoire shi qui est aussi attestée par les récits rwandais. Cependant, P. MASSON, qui a essayé de commenter les récits shi, y ajoute des contradictions qui méritent d'être corrigées.
Le Mwami Rwabugiri du Rwanda n'a jamais combattu le Mwami NABUSHI Makombe qui est mort vers l'année 1859.
2.- Les noms shi présentés dans les récits rwandais prêtent à confusion.
Nous sommes arrivés à trouver les correspondances pour certains noms retenus seulement dans les récits shi. Des travaux ultérieurs pourront permettre peut-être d'apporter une lumière à ce problème.
Le nom de RUTEBUKA, fils du NABUSHI Byaterana, par exemple, se retrouve dans les récits de deux peuples et désigne le même personnage, c'est-à-dire un Prince shi et le meilleur guerrier du Bushi qui avait été tué par le Roi RWABUGIRI du Rwanda.
2 La deuxième expédition vers le Bushi (C. 1881-1885)
L'EXPEDITION DU MU-KANYWIRIRI (KANYWIRIRI)
Cette expédition avait été préparée une année durant par RWABUGIRI dans le but de venger ses soldats tués par les Bashi lors de son expédition de Ku-Buntubuzindu. La préparation semblait être trop sérieuse du côté rwandais où plusieurs armées étaient mobilisées pour attaquer le Bushi en passant par l'historique marais de Kanywiriri où les Shi étaient concentrés et attendaient de pied ferme les Banyarwanda. Le Mwami NABUSHI Byaterana avait, de son côté, estimé qu'il fallait mobiliser plusieurs hommes qui furent groupés en cinq armées dirigées par MUZUKA, NFIZI, CIRABA, KAKIRA et CIRHUZA (33).
CIRABA, fils de NABUSHI Byaterana, était le commandant en chef des armées shi, alors que ZIMURINDA (Mibambwe Mutabazi), fils de SEMULINA, était le commandant de l'expédition de MU-KANYWIRIRI.
Les Banyarwanda avaient attaqué en deux groupes. Le premier (sud), composé de INVEJURU, NYAKARE, NYARUGURU, INDARA, ABASHUMBA, INTARA, URUYANGA, était dirigé par NYILIMIGABO et les ITANGAZWA par NYAMUSHANJA, fut exterminé par les Bashi sur une colline près de Kanywiriri. Le second groupe, qui voulait attaquer par le nord du marais, ne connut pas de succès malgré la mort du Commandant shi CIRABA qui avait été percé par une flèche tirée par NYAMUKEBA, un guerrier de Rwabugiri, originaire du Burundi. Dans ce second groupe, on note la présence de NKUNDIYE, Mwami d'Idjwi, qui dirige les Inziraboba (34).
Comme il avait perdu bon nombre de ses hommes, Rwabugiri retourna honteux au Kinyaga afin d'y préparer une autre expédition (35).
3. La troisième expédition vers le Bushi (C. 1890-1892) ou l'Expédition du Rusozi (RUZIZI)
Il est bon de débuter ce paragraphe par un correctif au récit de l'Abbé KAGAME qui a présenté cette expédition du RUZIZI après celle de CIRHOGOLE en plein coeur du Bushi. En effet, nous avions signalé plus loin que Rwabugiri, vaincu au Bushi, avait fixé sa cour (provisoirement) dans le Kinyaga afin de préparer une vengeance contre le Bushi. Il ne pouvait donc pas par conséquent aller attaquer le Bushi vers Irhambi (Nord) et laisser la frontière sud qui était proche de Kamembe dans le Kinyaga.
Notre constatation se vérifie aussi car c'est sous cette expédition du RUZIZI que furent tués NGWESHE-LIRANGWE et la Reine-mère MUGENYI qui venaient de s'unir en mariage après la mort de Nabushi Byaterana.
L'expédition de Rusozi a été décrite dans une version shi vraisemblable présentée par Paul MASSON aux pages 97-102 de son livre. Selon MASSON, cette expédition a été précédée par des luttes d'influences au Bushi après la mort de Nabushi Byaterana. Rutaganda étant mineur, sa mère Mugenyi devait diriger le pays. Celle-ci était jalousée par sa rivale Namutoko qui voulait placer son fils Ruhangara sur le trône du Bushi et devenir ainsi la Reine-mère incontestée des Bashi.
Elle se mit alors à comploter pour faire disparaître Rutaganda et sa mère et eut gain de cause auprès de sa soeur Nakesa (fille de Niganda, originaire du Rwanda), épouse du Chef Ngweshe-Lirangwe, qui venait d'épouser la reine-mère Mugenyi. Nakesa trouva aussi une raison de se venger et de porter vite son fils Ruhongeka au trône de Ngweshe. Il fallait, pour réussir ce coup, se tourner du côté du Rwanda où elles pouvaient recevoir l'aide de Rwabugiri qui venait d'essuyer de grandes défaites au Bushi. Le récit de P. MASSON nous semble confus quand il dit que Nakesa et sa soeur s'étaient plutôt adressées à Rukabya, leur parent du Rwanda qui aurait envoyé le commando qui tua Lirangwe et Mugenyi à Bugobe (Kabare) (36).
Nous trouvons au contraire le récit du vieux Bujimbi vraisemblable quand il nous parle de Rwabugiri qui aurait reçu des présents de ces deux reines shi et qui voyait en cette demande une occasion d'annexer purement et simplement le Bushi en acceptant l'investiture de Ruhangara et de Ruhongeka dont le grand-père était Munyarwanda d'origine (37).
Cette version se marie avec celle présentée par l'Abbé KAGAME dans son cours d'ethnohistoire du Rwanda. Certains éléments de cette thèse comme les présents à Rwabugiri, la volonté d'annexer le Bushi, se retrouvent dans la version de P. MASSON (à la page 99 de son livre).
Rwabugiri aurait alors demandé à Lirangwe de lui livrer le Mwami Rutaganda et sa mère et que son refus signifierait une déclaration de guerre contre le Rwanda. KAGAME retient que:
"Ce prince Katabirhurhwa des Bishugi (Ngweshe) avait épousé la mère de Rutaganda. Ce dernier était alors devenu le tuteur du Mwami.
Rwabugiri lui demanda de lui livrer le jeune mwami et sa mère afin de se venger de la mort de ses soldats tués par Nabushi Byaterana. Katabirhurhwa refusa et Rwabugiri attaqua le Bugweshe où il tua la Reine-mère et Katabirhurhwa. Le Mwami Rutaganda avait pris la fuite et rentra après le départ de Rwabugiri pour organiser son armée, les Akabera." (38)
Le nom "Katabirhurhwa" désigne dans ce récit "Lirangwe" pour les Banyarwanda. Nabushi Rutaganda, très jeune au cours de cette expédition, avait réussi à se cacher sous la protection de ses gardiens Nkunguli et Nyabyale, chez le Chef Naluhwinja, d'où il partira après sa majorité pour organiser son armée et lutter contre le Rwanda.
P. MASSON soutient qu'au cours de cette expédition, Rwabugiri aurait réussi à emporter le tambour royal du Bushi mais les Bashi le nient catégoriquement. KAGAME affirme aussi dans ces récits que cette expédition a été la seule que les Banyarwanda ont gagnée au Bushi. Ce qui serait pour lui une confirmation des faits rapportés par MASSON (39).
La conséquence de cette expédition serait l'annexion du Bushi par Rwabugiri, une annexion qui n'était pas totale parce que ce sont des princes Luzi, ici les deux familles régnantes à Ngweshe et à Kabare, qui vont régner (Ruhangara au Buhaya et Ruhongeka à Ngweshe). Aussi, il faut dire que les Bashi restaient toujours fidèles au nouveau mwami que Nabushi Byaterana leur avait désigné, à savoir le jeune Rutaganda qui était toujours en exil à Luhwinja.
Ruhangara n'avait pas d'audience auprès des Bahaya qui ne lui pardonnaient pas la mise à mort de la reine-mère Mugenyi et l'invasion de leurs terres par les Banyarwanda. Cette prise de position des Bashi avait conduit à une rébellion ouverte contre Ruhangara qui se sauva de l'autre côté de la Ruzizi, fuyant ainsi les guerriers Bahaya et Bishugi qui le pourchassaient de colline en colline (40). P. MASSON ajoute à son récit sur la fuite de Ruhangara que Rwabugiri, pris de colère devant l'avance des Bashi, avait ordonné la mise à mort de son vassal malheureux qui n'avait pas su organiser le territoire laissé sous son administration (41).
Cette fuite de Ruhangara a été suivie par le retour de mwami rutaganda qui devait alors prendre la tête de son armée et combattre les corps expéditionnaires de Rwabugiri dans le nord du Bushi.
4 La quatrième expédition vers le Bushi (C. 1894-1895) ou l'expédition de Ku-Kidogoro (Cirhogole)
La quatrième expédition de Rwabugiri au Bushi a été précédée par une expédition contre l'île Idjwi. Ceci explique même l'emplacement du champ de bataille "CIRHOGOLE" qui se trouve dans le Bushi-nord, non loin de la paroisse de Murhesa (±25 km de la ville de Bukavu).
Rwabugiri, dont les troupes étaient jusque-là stationnées dans le sud (Kinyaga), venait d'apprendre le soulèvement du Chef Nkundiye d'Idjwi, son ancien vassal qui, ayant vécu les défaites des Banyarwanda devant les Bashi, s'était décidé de lutter afin de reconquérir son indépendance.
Nous sommes vers l'année 1894, quand les troupes de Rwabugiri se replient vers le Nord, fixant leur quartier général à Nyamirundi près du lac. Là, il était facile de surveiller les pirogues de Nkundiye et d'arrêter un plan de guerre qui devait permettre une invasion rapide de l'île Idjwi. Les Banyarwanda craignaient une guerre navale dont les Bahavu étaient réputés spécialistes.
Ils eurent une raison de débarquer clandestinement sur l'île où ils mirent l'armée Havu en débandade. Nkundiye s'enfuit vers le Bushi et fut tué entre la région d'Irhambi et l'îlot Ishovu (42).
Son territoire fut annexé par Rwabugiri qui avait profité des luttes d'influences entre les familles TABARO et NKUNDIYE. Ainsi Idjwi devient un lieu stratégique pour les conquêtes de Rwabugiri vers d'autres régions (Bushi, Buhunde).
L'EXPEDITION DE CIRHOGOLE (1895)
Rwabugiri poursuivant les fuyards Havu dont Nkundiye au Bushi, se trouva en face d'une résistance farouche organisée par le Chef d'Irhambi, CIKO-BARAMBA. Il s'agit du Chef KARHANA Nciko, fils de Bigomokero Bya Makombe, qui fut rapidement défait par les Banyarwanda. Au sud vers CIRHOGOLE, le notable Kabi s'opposa à l'arrivée de guerriers de Rwabugiri. Ses hommes avaient réussi à faire reculer l'ennemi jusque vers cishoke avant l'arrivée du renfort envoyé par Nabushi Rutaganda sous le commandement de Rwabika, Nfizi, Chirusha et Makungu ga Mwendo (43). Les Bashi se groupèrent en 3 colonnes et adoptèrent la tactique de guerre en 3 lignes "EMIBIBI" qui consistait à encercler l'ennemi de tout côté sans lui laisser le temps de fuir (44). A la première attaque, les Bashi furent repoussés par les Banyarwanda qui tentaient de gagner le lac en direction probablement d'Idjwi en passant par Birava.
A la seconde attaque, les Bashi attaquèrent la nuit. Un de leurs commandants, "MAKUNGU", fut tué et les Banyarwanda remportèrent une nouvelle victoire "éphémère". A la troisième attaque de CIRHOGOLE, les Bashi, qui combattaient toujours en 3 lignes sous la conduite de Nabushi Rutaganda lui-même, massacrèrent les Banyarwanda qui se repliaient vers la rivière Mpungwe. Une partie de l'armée rwandaise, sous la conduite de Rwabugiri, réussit à gagner IBINDJA car les Bashi étaient incapables de les poursuivre sur le lac, ne sachant ni nager, ni ramer (45).
C'est dans l'île d'Ibindja que Rwabugiri fut empoisonné par des hommes de sa cour. Toutefois les traditions rwandaise, Shi et Havu n'ont pas retenu leur appartenance ethnique ou tribale. On sait tout simplement que ses guerriers avaient ramené son corps à Nyamasheke au Rwanda, où devait se tenir le deuil (46). Les circonstances de sa mort ne sont pas encore clarifiées. Nous les présenterons dans un travail ultérieur. C'est avec cette mort de Rwabugiri que prirent fin les conflits armés entre le Bushi et le Rwanda.
Murhebwa L.K. souligne qu'à Idjwi, après la mort de Rwabugiri, les Banyarwanda qui cherchaient à coopérer avec les Bany'Idjwi restèrent, tandis que ceux qui voulaient encore dominer furent tués ou se virent expulser de l'île (47). Newbury S.D. ajoute que les chefs Banyarwanda Muhigirwa, Rwidegembya... tâchèrent de s'y maintenir durant quelques temps mais finalement ils furent refoulés et l'île Idjwi reconquit son indépendance... Une délégation fut envoyée au Bushi pour appeler le Mwami MIHIGO NDOGOSA, fils de KABEGO, qui fut intronisé en (C. 1896) (48).
Au Bushi, la population avait appris avec beaucoup de satisfaction la mort de Rwabugiri.
Au Buhaya, un esprit d'indépendance se développe dans la noblesse depuis la scission de Karhana (Katana). Cet esprit est encore accentué par la faiblesse des débuts du règne du Mwami Rutaganda. Les partisans de Rutaganda ont subsisté et leur anarchie se perpétuera jusqu'à la période coloniale.
Au Bugweshe, c'est la régente Nakesa qui fait la loi. Sa déchéance provoquera une mésentente entre ses partisans et les partisans de son fils Ruhongeka (49).
Au moment où intervient le phénomène colonial belge au Bushi et allemand à Idjwi, Kabare Rutaganda (Buhaya), Ngweshe Ruhongeka (Budweshe) et MIGIGO Ndogosa (Idjwi) (tous trois de la nouvelle génération), ont pris les rênes de leur administration en main.
La conférence de Bruxelles du 16 juin 1910 délimita les possessions de l'Etat indépendant du Congo (EIC) et de l'Allemagne de la manière suivante: une ligne qui, partant de la RUZIZI, aboutit à un point d'égale distance entre Goma et Gisenyi. En outre, elle attribua à l'Etat indépendant du Congo belge les îles ci-après: Idjwi, Kirshanga, Nyamarongo et Ibindja (50). Ainsi le Rwanda devint une possession allemande et le Bushi et Bukavu un territoire belge.
CONCLUSION GENERALE
Nous venons de présenter à travers ces pages des détails sur les conflits armés qui ont opposé les Bashi et les Banyarwanda avant la pénétration européenne.
Cette étude nous a permis d'établir une première estimation approximative de la chronologie des Bami du Bushi dont l'installation sur les terres qu'ils dirigent aujourd'hui remonterait très loin dans les temps (11e et 12e s.).
Nous pouvons remarquer à la lumière de notre travail que les Banyarwanda n'ont pas su conquérir le Bushi ni soumettre les Bashi comme semble l'affirmer l'Abbé KAGAME quand il dit que seule l'expédition de CIRHOGOLE a eu raison des Banyabungo et a sonné le triomphe de Kigeli IV sur ce pays coriace (51). Dans son oeuvre, il s'en tient plus aux récits officiels des événements.
En effet, l'Abbé Kagame, qui n'a pas su analyser toutes les expéditions contre le Bushi, oublie que c'est au cours de cette expédition de Cirhogole que Rwabugiri trouvera la mort dans sa fuite vers l'île Ibindja. Notre remarque peut se confirmer, car l'Abbé Kagame ajoute que "Les Rwandais appellent ce pays 'Bunyabungo' et les habitants 'Banyabungo' pour dire 'Pays fort' et 'guerriers courageux'" (52).
Il termine par cette phrase prononcée par Rwabugiri en réponse à ses guerriers qui lui demandaient de rentrer chez lui après sa défaite sur les Bashi: "... Moi, être battu par les Bashi" (53).
Il semble que Rwabugiri répétait cette phrase car il avait honte de sa défaite devant les Bashi. Ceci prouve bien que Rwabugiri n'a pas réussi à soumettre ce peuple qu'il devait encore combattre s'il n'avait pas été empoisonné.
La classification de ces conflits armés mérite donc des études fouillées allant au-delà d'un simple article, qui pourront, nous l'espérons, apporter une lumière à l'histoire ancienne du Bushi et du Rwanda et pourquoi pas de toute la région interlacustre. 
NOTES
(1) La rivière Nyabarongo constitue aujourd'hui la limite entre les Shi et les Havu, soit la limite entre les régions du Chef NIALE à Kalehe et celles de KAJANA dans le nord du Bushi.
(2) KAGAME A., Cours d'ethnohistoire du Rwanda, UNAZA/L'shi, 1973-1977 (Notes manuscrites).
(3) R.P. COLLE, Essai de monographie des Bashi, Bukavu, Libreza, 1977 (la première édition polycopiée date de 1933).
MASSON P., Trois siècles chez les Bashi, Tervuren, MRAC, 1960.
(4) NEWBURY D.S., "Les campagnes de Rwabugiri, chronologie et bibliographie", inCahiers d'Etudes Africaines, XIV (1974) I, pp. 181-191.
"Rwabugiri and Idjwi", in Etudes d'Histoire africaine, VII (1975), pp. 155-173.
(5) Les analyses de l'Abbé KAGAME sont présentées dans son Cours d'ethnohistoire du Rwanda, ainsi que dans son article "La documentation du Rwanda sur l'Afrique interlacustre des temps anciens", in La civilisation ancienne des peuples des Grands Lacs, Karthala-CBB, 1987 (Actes du Colloque de Bujumbura), pp. 300-331).
Dans ces travaux, l'auteur s'est inspiré surtout de ses oeuvres principales sur l'histoire du Rwanda:
La notion de généalogie appliquée à la généalogie dynastique et à l'histoire du Rwanda des Xe-XIe siècles à nos jours, Mémoire in 8e de l'ARSC, tome IX, 5, Bruxelles, 1959.
La poésie dynastique du Rwanda, Bruxelles, IRCB, Mémoire in 8-X II, 1 (1951).
Introduction aux grands genres lyriques de l'ancien Rwanda, Editions Universitaires du Rwanda, Butare, 1969.
Un abrégé de l'ethnohistoire du Rwanda, Ed. Universitaires du Rwanda, Butare, 1972.
(6) En effet, en partant des estimations de j. VANSINA, A. KAGAME et P. DELMAS, selon lesquelles CIHANGA serait le premier roi dynastique du Rwanda dont le règne remonterait vers 1220 et en prenant une moyenne de ±24 ans pour chaque règne, nous remarquons que NSORO Ier, qui est séparé de CIHANGA par 7 rois, aurait alors régné vers ±1388, soit une différence de 168 ans entre les deux souverains. Cette classification a été établie en partant du règne du 28e roi de la dynastie, YUHI V MUSINGA, qui a accédé au trône du Rwanda en 1898, ainsi que celui du 21e roi, MIBAMBWE III SENIABYO, dont le règne, marqué par l'observation de deux éclipses solaires, a pu être daté (13 mars 1741 & 13 avril 1763).
En prenant toujours la moyenne de ±24 ans par règne, ces deux datations absolues ont permis d'établir une chronologie de tous les rois du Rwanda.
- KAGAME A. & P. DELMAS, "Chronologie des Rois du Rwanda" in Historique et chronologie du Rwanda, S.L. SD., p. 9.
- VANSINA J., Evolution du royaume du Rwanda des origines à 1900, Bruxelles, SD., p. 51-55.
N.B.: La chronologie de VANSINA diffère de celle de KAGAME de ±10 ans par règne.
- MUGARUKA B.M., Histoire de l'organisation politique et administrative du territoire de Kabare-Kivu (1935-1960), mémoire de licence en Histoire, UNAZA/lUBUMBASHI, 1977, PP. 32-33.
(7) KAGAME A., op. cit., p. 4.
(8) MASSON P., op. cit., p. 24.
(9) KAGAME A., La documentation..., p. 318.
(10) Nous avions fait ressortir cette remarque dans notre mémoire déjà cité à la page 17.
(11) Pour comprendre cette différenciation sous le règne de Rwabugiri, il faut se référer à Newbury S.D., Rwabugiri and Idjwi, op. cit., p. 160.
(12) Idem, p. 318.
Nous n'avons pas trouvé le nom dynastie de ce Nabushi mais nous croyons qu'il s'agit bien d'un petit-fils du Mwami NABUSHI CHILEMBEBWA, notamment le NNABUSHI NSHULILUDJO.
Cfr. les généalogies de P. MASSON et du R.P. COLLE présentées par BASHIZI Cirhagarhula dans son article "Origine et établissement des Bashi du Bushi (Kivu)" inLikundoli, enquêtes d'histoire zaïroise, 1 (1973), 1-2, pp. 42-43.
(13) KAGAME A., Cours d'ethnohistoire du Rwanda, UNAZA-L'shi, 1973-1974, p. 5.
(14) Idem, p. 6 (bis).
(15) Se rapporter à la chronologie et au récit présentés par l'Abbé KAGAME dans La documentation..., op. cit., p. 315 et dans son cours à la page 6 (bis). Nous n'acceptons pas ce fait car le Buhunde n'a jamais été tributaire du Rwanda et a toujours conservé son indépendance.
(16) Traditions rapportées par P. MASSON, op. cit., pp. 59-63.
(17) KAGAME A. & P. DELMAS, op. cit., pp. 10-12, Vansina lui propose l'année 1785 comme indiquant l'avènement de YUHI IV. Cfr. chronologie des règnes in Récits historiques du Rwanda, Tervuren, MRAC, 1962, p. 58; Oeuvres de A. COUPEZ & Th. KAMANZI.
(18) Le récit que nous a raconté notre grand-père maternel BUJUMBI (±90 ans) à Lugulu (Kabare), sur les Bami du Bushi en 1980, retrace aisément les règnes de Birhenjira et de son fils Makombe. Bajinji = les anciens chefs de clans au Bushi et gardiens des traditions.
(19) Notre informateur BUJIMBI dit que Makombe a régné pendant 50 saisons sèches contrairement à son fils Byaterana qui fera 30 byanda. CANDA (pluriel Byanda) = saisons sèches en Mashi. Celui-ci n'a fêté que 26 fois le MUBANDE.
(20) MASSON P., op. cit., p. 71.
(21) NJANGU C.C., La résistance shi à la pénétration européenne (1900-1920),mémoire de licence en Histoire, UNAZA-L'shi, 1972-1973, p. 49.
(22) Dans son cours déjà cité, p. 7, KAGAME présente ces causes, parmi lesquelles nous ne retenons que les deux principales.
(23) KAGAME A., "La documentation...", in Actes du Colloque de bujumbura, p. 319.
(24) Lire NJANGU C.C., op. cit., p. 81.
(25) KAGAME A., Cours d'ethnohistoire du Rwanda, p. 5. Les récits sur les expéditions de Rwabugiri sont aussi présentées par A. COUPEZ & TH. KAMANZI, op. cit., pp. 319-327.
(26) Idem, p. 4.
(27) Ibidem.
(28) KAGAME A., "La documentation...", op. cit., p. 929.
(29) Idem, p. 320.
(30) Nous nous référons au récit de BASAKA complété par notre père MUHIRHWA à Moiza Kabare en 1975-1976.
(31) KAGAME A., "La documentation...", pp. 321-322.
(32) KAGAME A., Cours d'ethnohistoire du Rwanda, p. 5.
(33) KAGAME A., op. cit., p. 324. Cfr. aussi les récits de BASAKA complétés par mUHIRHWA en 1976 à Moiza.
(34) KAGAME A., idem, pp. 319-324.
L'île Idjwi était à cette époque soumise à l'autorité de Rwabugiri et le Chef NKUNDIYE lui payait tribut.
(35) Lire les cours de l'Abbé KAGAME déjà cité.
(36) MASSON P., op. cit., p. 99.
(37) Information de Bujimbi, déjà cité.
(38) KAGAME A., op. cit., p. 6 (bis).
(39) MASSON P., idem, pp. 37-101.
(40) CHOMACHOMA interrogé à Mbiza, août 1980.
(41) MASSON P., idem, p. 102.
(42) Nous nous référons au récit de l'Abbé KAGAME dans son Cours d'ethnohistoire du Rwanda déjà cité, p. 7.
(43) L'orthographe de ces noms a été corrigée par nous-mêmes en nous basant sur les récits déjà cités de Kagame et Basaka.
(44) Se rapporter au cours de l'Abbé KAGAME déjà cité à la page 6.
(45) Récit de BUJIMBI déjà cité.
(46) A nos constatations s'ajoutent les réflexions de KAGAME dans son cours cité à la page 6 (bis).
(47) MURHEBWA L.K., Histoire politique d'Idjwi sous les Basibula: Essai de périodisation (début IXIe s. - 1960), travail de fin d'études de Graduat en Histoire, ISP/B,v, 1976, p. 34.
(48) NEWBURY, S.D., "Rwabugiri and Idjwi" in Etudes d'Histoire africaine, VII, 1975, pp. 155-173.
(49) NJANGU C.C., op. cit., p. 49.
(50) MURHEBWA L.K., op. cit., p. 34.
(51) KAGAME A., "La documentation...", op. cit., p. 34.
(52) KAGAME A., idem, P. 322.
(53) Ibidem.

Tuesday, June 7, 2016

LA NATIONALITE CONGOLAISE (RDC) CLASSEE 161e DANS LE MONDE



La nationalité Congolaise (RDC) a été classée à la 161e place du nouvel indice de qualité de la nationalité (Quality of nationality index). Établi par la société de conseil Henley & Partners en partenariat avec un professeur de droit constitutionnel européen à l’Université de Groningen au Pays-Bas, l’indice a pour ambition de mesurer la valeur objective des nationalités du monde entier.



L’indice inclut sept groupes de critères, incluant à la fois des valeurs internes (produit intérieur brut, Indice de développement humain, classement dans le Global Peace Index) mais aussi des valeurs externes (liberté de voyager sans visa, diversité des pays où les citoyens peuvent s’établir sans faire face à de lourdes formalités). La particularité de cette approche fait que des États qui disposent d’un niveau de vie relativement similaire peuvent avoir des positions totalement différentes dans ce classement.
L’Allemagne, le Danemark et la Finlande occupent respectivement les trois premières places du classement, tandis que la France occupe la 7e place et les États-Unis la 28e.
Avec sa 161e place, la RDC, occupe la dernière place du classement.


Voici le site internet de Henley & Partners: https://nationalityindex.com/#  

Freddy Monanga pour Code 243

Saturday, April 23, 2016

AVRIL 2016: LES CONGOLAIS VONT-ILS SE REVEILLER?

La RDC va très mal. Le quotidien des Congolais se détériore chaque heure. La RDC est en train d’être envahi petit à petit et les Congolais sont assassinés, chassés de leur terre. 80% des Congolais vivent avec moins de 1.25 dollars.

Le porte-parole de toutes les institutions étatiques de la RDC, Mende Omalanga Lambert que les Congolais détestent cordialement, ne cesse de faire des déclarations honteuses, dégoutantes, en prenant les Congolais pour des imbéciles, en insultant leur intelligence, en méprisant les victimes de toute la partie Est de la RDC, en incorporant dans l’armée Congolaise des milliers de sujets Rwandais (via les différentes opérations de brassages, mixages, etc…) qui sont des terroristes et des assassins. Ce sont ces derniers, vêtus de l’uniforme des FARDC, qui massacrent, mutilent les Congolais, et assassinent les chefs de terres et toutes sortes de leaders Congolais depuis la province du Haut-Uélé (Nord-est) jusqu’à la province de la Tanganyika (Sud-est).

Il y a aussi les déclarations des différents membres de la soi-disant majorité présidentielle qui sont assez suffisantes pour comprendre que ces hommes et ces femmes mésestiment et méprisent les Congolais en les prenant pour des idiots. Le Premier ministre Matata Mpoyo, avec sa politique criminelle, inspire un profond dégout et il ne faut pas être humain pour faire ce que lui et tous ses copains du gouvernement font. Les quelques fonctionnaires qui sont payés, reçoivent des salaires inhumains. Il prétend avoir créé des centaines de milliers emplois. Admettons qu’il ait fait, mais pour quel salaire ? C’est démoniaque, c’est machiavélique que de payer un policier, un militaire 100$ par mois et de lui remettre une arme et des munitions. Comment gagner une guerre en payant le militaire 100$ par mois ? Lui qui a une famille, que peut-il faire avec ce salaire inhumain ?

L’état d’un pays, l’appareil étatique d’un pays, ce sont les fonctionnaires. En RDC, les fonctionnaires reçoivent un salaire honteux, inhumains. Pendant que les ministres, les membres présidence de la république, les députés et sénateurs ainsi que les chefs des entreprises de l’état reçoivent des salaires faramineux. Sans oublier les membres des conseils d’administrations des entreprises de l’état qui eux aussi sont rémunérés comme des princes et des princesses. Le point d’intersection de tous ces riches salariés de l’état c’est leur president Joseph Kabila Kabange. Selon les membres de la dite majorité présidentielle c’est ce dernier qui donne les impulsions pour que toute la machine fonctionne au détriment de la population Congolaise.

La RDC est détruite non pas seulement par les envahisseurs et pilleurs étrangers mais également par ses piètres ministres et ses piteux députés qui sont soumis au pouvoir de la corruption, et préfèrent s’enrichir au détriment de la population. La RDC va mal et ce n’est jamais leur faute. Ce sont toujours les autres : la communauté internationale qui serait responsable de tous les malheurs des Congolais. Même lorsqu’ils trahissent, lorsqu’ils prennent des mauvaises décisions, lorsqu’ils sont incapable d’action concrète, c’est toujours la faute des autres.


Mais le peuple, quand va-t-il se réveillé ? Il paraitrait que celui qui dort aime dormir et il ne cherche pas à se réveiller surtout lorsqu’il fait des beaux rêves. Des beaux rêves ? Les églises de « réveil » sont là pour les vendre « gratuitement » aux Congolais. Comme des champignons sauvages, les soi-disant hommes de Dieu apparaissent en RDC dans tous les coins de rues et des pistes. Alors que tous les prophètes (hommes de Dieu) des religions révélées ont eu à ne jamais se taire en face des injustices et des mensonges, les prophètes (hommes de Dieu) d’aujourd’hui en RDC sont silencieux face aux même injustices et aux même mensonges. Ils ont comme argument fallacieux: Un homme de Dieu ne fait pas de la politique.

Ainsi donc, à chaque fois que le peuple veut se réveiller, ils l’endorment. Pire encore, ils font la guerre a ceux qui veulent réveiller le peuple. Malheureusement, ces derniers étant aussi un sous-ensemble du peuple, ils ne comprennent pas le mauvais le rôle des soi-disant hommes de Dieu. Finalement, la RDC est-elle condamnée ? Non, parce que la VERITE finit toujours par l’emporter et le peuple se réveillera. Que ceux qui y travaillent ne se fatiguent pas. Le peuple ne dort plus profondément comme avant. Il est sur le point de se réveiller.



Article de Freddy Monanga pour Code 243

Monday, April 11, 2016

2016: QUI VEULENT LE GLISSEMENT EN RDC?

Qui veulent le glissement en RDC ?
Selon certains, c’est le pouvoir en place qui veut le glissement. Mais qui est ce fameux «pouvoir en place » ? Qui sont ou qui constituent le pouvoir en place ? Depuis 1996, il y a des personnes et des groupes de personnes qui s’enrichissent scandaleusement grâce au chaos qui règne en RDC. Des réseaux maffieux se sont enracines dans toute la RDC. Ces réseaux maffieux sont constitués d’hommes et de femmes tant Congolais que non Congolais.
Au Congo, on les trouve parmi les dirigeants, les familles biologiques des «dignitaires», les opposants, les fonctionnaires de l’état, les militaires, les commerçants, les Hommes soi-disant de Dieu, les artistes, bref dans toutes les strates de la société Congolaises. Ces réseaux pillent sauvagement les ressources naturelles de la RDC et chosifient les ressources humaines de la RDC.
Il existe une interconnexion entre tous ces réseaux et leur point commun s’appelle Joseph Kabila Kabange.
Avec leurs alliés étrangers (multinationales, politiciens étrangers véreux, commerçants étrangers etc.), ces Congolais et Congolaises participent au plus grand génocide que cette planète n’aie jamais connue : Le massacre des Congolais sur la terre de leurs ancêtres. Même le roi Léopold II passe pour amateur à coté d’eux.

Chers lecteurs, le pouvoir de Joseph Kabila Kabange est en vérité cette toile multicolore. A premier vue, l’on peut croire qu’il y a plusieurs toiles qui ne sont pas toutes connectées les unes avec les autres et que certaines sont même dans un état piteux. Mais cela n’est que la réalité car la vérité est qu’il y a une seule toile dotée d’une mécanique très bien huilée qui fonctionne très bien et s’améliore de jour en jour.
Le pouvoir en place c’est cette toile et Joseph Kabila Kabange est le mal qui met tous le monde d’accord à défaut de se mettre d’accord. Dans tous cela, le peuple Congolais ne voit que du feu parce que c’est tellement complexe donc difficile à comprendre. Etant chosifié, le Congolais n’a pas le temps de réfléchir pour comprendre la toile car il doit d’abord chercher à satisfaire ses besoins de survie : manger, boire, se vêtir, se soigner….


Les élections de 2006 et de 2011 n’ont pas été crédibles parce que les Congolais de la toile ne veulent pas perdre leurs gagne-pains et leurs avantages. Il n’y a pas eu des élections complètes en 2006 et 2011 parce que les Congolais de la toile sont dans toutes les strates de la société Congolaise et ils ne veulent pas de la destruction de la toile.
Pour les élections de 2016, C’est toujours la toile qui controle tous. Le pouvoir de Kabila Joseph est mystifié alors que ce dernier ne contrôle rien, ou peut être quelques petites sections insignifiantes du pouvoir en place en RDC.
Aujourd’hui cette toile est devenue culturelle c'est-à-dire qu’elle est créée, produite, apprise et transmise dans la société Congolaise. En cherchant à survivre, le Congolais est prêt à tout faire pour se connecter à la toile.


Voila comment la toile, telle une toile d’araignée, réussie à piéger le Congolais chosifié ainsi que celui qui croit qu’il y a plusieurs différentes toiles en RDC.
Ainsi donc, chers lecteurs de Code 243, le pouvoir en place en RDC, c’est la Toile. Elle est matérielle mais elle est aussi spirituelle. Que celui qui lit comprenne.


C’est la Toile qui veut le glissement.


Article de Freddy Monanga




Saturday, March 5, 2016

QUE CACHE LE PROJET DU GRAND BARRAGE D'INGA?


Ce qui motive réellement la construction du Grand Inga (hormis la perspective de profits massifs pour les entreprises), c’est la peur des dirigeants de l’Union Européenne de manquer d’énergie. Le projet s’intègre dans un ensemble colossal de pipelines et de gazoducs, de panneaux solaires et de lignes haute tension, dont le coût total s’élève à des centaines de milliards de dollars, que l’Union Européenne cherche à construire en Afrique, en Asie centrale et dans le Caucase afin d’assurer l’approvisionnement en énergie de son territoire. L’ensemble de ces projets, quasi méconnu du grand public et peu débattu par les responsables politique, aura pourtant des implications majeures aux plans géopolitique et environnemental. Mais cet objectif ne permet pas de justifier le projet, ni la levée des fonds requis. Il devient alors nécessaire d’invoquer les idéaux de « l’électrification de l’Afrique » et de « la réduction de la pauvreté », ceux-ci ayant pourtant peu de chance d’être réalisés dans le cadre du projet.

Le barrage d'Inga
Le projet du Grand Inga s’accorde pleinement avec la longue et glorieuse histoire du travestissement des intérêts occidentaux en œuvres de bienfaisance,
Selon la Banque mondiale, « Le complexe d’In¬ga est le noyau dur de l’industrie énergétique en République Démocratique du Congo. La Banque mondiale prétend également que le Grand Inga « fournira de l’électricité à 500 millions de personnes parmi les 900 millions d’Africains, ainsi qu’aux industries de plusieurs pays du continent ».

Si c’était vrai, cela exigerait des investissements phénoménaux en matière d’infrastructures : actuellement, moins de 10 % des ménages ruraux en Afrique subsaharienne ont accès à l’électricité et le taux général d’accès se situe sous la barre des 25 %. Construire un réseau complet de stations électriques locales avec des connexions à travers l’Afrique pour assurer l’accès à l’électricité à 500 millions de personnes en Afrique coûterait des dizaines de milliards de dollars et prendrait de nombreuses années et ne serait pas vraiment financièrement viable. Tandis qu’à l’inverse, acheminer l’électricité vers les seuls marchés étrangers solvables, en traversant ces mêmes pays comptant plus de 500 millions d’habitants, serait une escroquerie qu’aucune banque de développement qui se respecte ne prendrait même en considération. Ce type d’investissement qui canaliserait réellement les ressources et la croissance vers les populations, et non pas vers des méga-entreprises, serait en phase avec ce que les activistes et les communautés locales exigent depuis des décennies.




Mais, toutes ces études l’indiquent clairement : le projet Grand Inga ne serait financièrement viable que s’il comprend une ligne haute tension allant jusqu’en Europe, qui traverserait les jungles équatoriales du Congo Brazzaville et de la République de Centrafrique, le Darfour, le Soudan, le désert du Sahara, l’Egypte, puis passerait sous la Méditerranée, soit une ligne parcourant près de 5.800 km.
Imaginez un moment le coût vertigineux et la complexité technique d’une telle ligne. Selon des ingénieurs, rien de pareil n’a jamais été tenté. L’électricité d’origine hydraulique est générée et transmise en courant alternatif (CA) et l’acheminement par ligne à haute tension standard est de 1.000 KV (un million de volts). A ce voltage, les obstacles physiques (appelés l’effet Ferranti) impliquent que la longueur d’une telle ligne électrique ne dépasse pas les 2.000 km. Toute longueur supérieure se traduit par un gaspillage phénoménal d’électricité.
Cette ligne électrique serait donc en courant continu (CC).

L’exemple le plus long n’atteint que le tiers de la longueur Inga-Europe : il s’agit de la ligne détériorée d’Inga-Kolwezi amenant l’électricité aux mines du Katanga, laquelle a vu son coût quadrupler. Les lignes en courant continu peuvent transporter le courant plus efficacement sur de longues distances. Elles garantissent aussi à coup sûr que les populations locales n’auront pas accès à cette nouvelle source d’énergie. En effet, les lignes de transport seront vraisemblablement de 500 KV, alors que la plupart des lignes de distribution dans les villages sont de 11 ou 33 KV. Chaque fois qu’une ligne traversera un endroit où la population souhaitera se connecter, une nouvelle sous-station sera nécessaire pour convertir l’électricité en courant alternatif et abaisser le voltage.

S’il l’électricité hydraulique doit être développé à Inga avec le grand Inga, il est nécessaire de satisfaire à plusieurs conditions préalables :
1- Dédommager adéquatement et complètement les populations touchées à Manzi, Avunda et au Camp Kinshasa.
2- Reconcevoir fondamentalement le projet, non pas comme un projet colossal, pour la simple et bonne raison que de tels mégaprojets ne fonctionnent jamais, mais sous la forme de plusieurs projets plus petits, plus durables et ayant moins d’impacts négatifs. Réorienter le projet : supprimer la ligne d’exportation nord vers l’Europe et se concentrer sur la fourniture d’électricité aux entreprises et consommateurs congolais, ainsi qu’à ceux d’autres pays africains.
3- Adhérer aux recommandations de la Commission mondiale pour les Barrages : garantir que tout ce qui est construit soit conçu avec la participation active et au bénéfice des populations tout en gardant à l’esprit les besoins de l’écosystème.

De plus, il faut développer de nouveaux instruments juridiques pour permettre aux populations locales et à celles affectées par un projet de faire valoir leurs droits auprès des institutions financières qui soutiennent des projets d’infrastructures, principalement les institutions publiques comme la Banque mondiale et la BEI. L’histoire des grands projets d’infrastructures est jonchée d’exemples de communautés locales qui n’ont bénéficié de rien d’autre que des impacts négatifs du « développement » tandis que des sociétés, des institutions financières et des gouvernements refusent de les aider à réparer les dégâts.


Le Barrage d'Inga
Les autres barrages érigés sur le fleuve Congo après l’indépendance du pays, sont mal gérés, peu efficaces et mal entretenus : Inga 1 (350 MW à l’origine) et Inga 2 (1 420 MW) se noient dans les sédiments et ne produisent que 30 % de leur capacité. Par ailleurs, les communautés (Manzi, Avunda et au Camp Kinshasa) déplacées pour les deux premières tranches d’Inga se démènent depuis les années 1960 pour obtenir des compensations équitables, mais n’ont rien reçu jusqu’ici.
Il y a des doutes sur le bilan en gaz à effet de serre des barrages hydroélectriques. L’activité bactériologique dans l’eau des barrages relâcherait d ‘importantes quantités de méthane (au pouvoir d’effet de serre 20 fois plus grand que le CO2), surtout en régions tropicales.

Ainsi donc, le projet grand Inga cache en réalité autre chose que « l’électrification de quasiment toute l’Afrique » et la « la réduction de la pauvreté en Afrique ».

Article de Freddy Monanga (source: le cauchemard de Conrad)